Collectionner l’art et créer avec la nature : la vision Ruinart
Victoria Aleksa
Comment votre parcours de collectionneur a-t-il commencé ?
Fabien Vallérian : J’ai grandi dans une famille très sensible à l’art, notamment à l’art ancien et au mobilier. Nous visitions des musées, des foires et des châteaux. Mon père m’a aussi fait découvrir très tôt l’art contemporain.
Mes premières acquisitions étaient modestes : lithographies, éditions signées, photographies. Ma première œuvre importante fut une pièce de Bertrand Lavier. J’ai aussi acheté très tôt une œuvre de Takashi Murakami.
Une acquisition marquante reste une photographie de Ren Hang, achetée avec beaucoup d’efforts. Sa disparition peu après a donné à cette œuvre une dimension encore plus forte dans mon parcours.


Collectionnez-vous plutôt des artistes établis ou émergents ?
Fabien Vallérian : Au début, j’étais attiré par les artistes établis. Aujourd’hui, je privilégie un équilibre.
J’acquiers chaque année au moins une œuvre d’un artiste reconnu, tout en soutenant activement la scène émergente. Je visite beaucoup d’ateliers et de foires comme Paris Internationale. C’est essentiel pour moi de soutenir les artistes de ma génération.
Votre rôle chez Ruinart influence-t-il vos choix ?
Fabien Vallérian : Je distingue clairement ma collection personnelle et l’ADN de Ruinart.
Mais mon rôle nourrit énormément mon regard : voyages, foires, expositions… Chez Ruinart, les projets s’inscrivent toujours dans un dialogue avec la nature. Ma collection personnelle reste plus instinctive.


Une œuvre vous marque-t-elle encore aujourd’hui ?
Fabien Vallérian : Oui. Un grand dessin de Thomas Lévy-Lasne que je regarde depuis plus de dix ans sans jamais m’en lasser. Certaines œuvres gardent une force intacte avec le temps.
Comment est née la relation entre Ruinart et l’art ?
Fabien Vallérian : Ce lien remonte aux origines de la maison. Dès le XIXe siècle, la famille développe une culture artistique forte.
La collaboration avec Alphonse Mucha marque un moment clé : l’une des premières collaborations entre une maison de luxe et un artiste.
Depuis les années 2000, Ruinart développe un programme de résidences. Les artistes viennent à Reims, découvrent notre univers et créent des œuvres ensuite présentées à l’international. Le programme « Conversations avec la Nature » structure cette démarche.


Qu’est-ce qui inspire les artistes chez Ruinart ?
Fabien Vallérian : Tout commence par une immersion : vignobles, caves, paysages, patrimoine.
Ensuite, chaque artiste choisit son approche : biodiversité, matériaux, rencontres humaines… Nous ouvrons simplement un terrain d’exploration. Le reste leur appartient.
Quel rôle joue l’environnement dans votre vision artistique ?
Fabien Vallérian : Il est central. La vigne dépend d’un équilibre fragile aujourd’hui menacé par le changement climatique.
Ruinart agit concrètement, mais l’art permet de rendre ces enjeux sensibles. Les artistes deviennent des médiateurs capables de toucher le public autrement.
Pourquoi Tadashi Kawamata cette année ?
Fabien Vallérian : Son travail avec le bois, simple et naturel, fait écho à notre relation à la matière et au vivant.
Ses installations invitent à observer et à se reconnecter à la nature. Le projet se déploie entre Paris et Reims avec plusieurs œuvres monumentales.
Comment gérer un programme artistique international ?
Fabien Vallérian : C’est un travail collectif et anticipé. Chaque projet est pensé longtemps à l’avance.
Le défi est aussi logistique et environnemental : nous limitons au maximum le transport aérien. Nous travaillons constamment à l’échelle mondiale, souvent plusieurs mois en avance.
L’art peut-il nous aider à ralentir ?
Fabien Vallérian : Absolument. L’art suspend le temps.
Il nous reconnecte à un autre rythme, à une autre perception du monde. C’est une expérience profondément personnelle et essentielle aujourd’hui.