Valeria Morgun est une artiste contemporaine installée à Paris, dont le travail circule avec aisance entre l’intime et l’iconographique. Nourrie par des siècles d’histoire de l’art tout en restant profondément ancrée dans le présent, elle compose des récits visuels denses, traversés de symboles, de provocations discrètes et de significations profondément personnelles.
Ses peintures frappent d’emblée par leur force visuelle, mais leur véritable intensité se révèle dans ce qui affleure sous la surface. Chaque œuvre devient une méditation sur l’existence, l’identité et le divin, non pas comme des notions abstraites, mais comme des expériences vécues, incarnées. En mêlant références classiques et sensibilité contemporaine, Morgun ouvre un dialogue sur la féminité, la résilience et les courants spirituels qui traversent la vie moderne.
L’artiste comme motif
L’artiste elle-même est son motif central. Elle apparaît d’une toile à l’autre, non comme un portrait figé, mais comme une présence mouvante. Morgun ne dissocie pas la vie de l’art ; sa série la plus récente gravite autour de son monde intérieur — états émotionnels, anxiétés, souvenirs. Impressions d’enfance, réflexions sur la féminité et le divin, rapport au corps et attente de la maternité émergent avec une grande naturalité.
C’est un travail résolument personnel, voire volontairement égocentré — et c’est précisément là que réside sa sincérité.


Madonna with Placenta
Parmi les œuvres les plus marquantes de la série, Madonna with Placenta saisit un moment rarement abordé avec une telle frontalité : la fertilité comme réalité à la fois sacrée et biologique. Au premier regard, la composition emprunte le langage visuel de l’iconographie religieuse classique. Pourtant, un léger trouble s’installe — une rupture volontaire avec l’ordre attendu. L’œuvre célèbre l’acte de création tout en confrontant le spectateur aux réalités dérangeantes et souvent tues du corps féminin.
Ici, la Madone ne tient pas un enfant, mais un placenta. Un organe entièrement produit par le corps féminin — le seul organe temporaire que l’être humain soit capable de créer. Il nourrit, protège et rend possible l’apparition de la vie. Ce choix n’est ni une provocation gratuite ni une simple métaphore ; il s’agit d’un geste de radicale honnêteté, où le fait scientifique rencontre la réinterprétation artistique.
La question s’impose alors presque naturellement : Marie avait-elle un placenta ? Si sa conception fut miraculeuse, si la naissance elle-même fut immaculée, où se situe la frontière entre la biologie et le miracle ?
À ce stade, l’œuvre dépasse le champ de l’art pour entrer dans un territoire où se croisent — et se heurtent doucement — la philosophie, la théologie et la biologie.
Le corps, encore inexploré
Aujourd’hui encore, la grossesse demeure entourée de tabous. Nombre de ses réalités restent invisibles, peu étudiées, rarement exprimées. La recherche médicale a longtemps privilégié le corps masculin ; ce n’est que récemment que les traitements ont commencé à être testés de manière systématique sur les femmes. Même des analgésiques courants ont, pendant des années, été étudiés principalement sur des sujets masculins.
Le corps féminin — plus complexe, plus variable, plus sensible — demeure largement sous-exploré.