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Art

Le goût du collectionneur

Par Olga Korovina

Victoria Aleksa est fondatrice d’Aleksa Advisory, un art advisory indépendant basé à Paris. Entre stratégie, sensibilité et accompagnement humain, elle nous livre sa vision du métier et du marché de l’art international.

1. Votre parcours vers le métier d’art advisor

J’ai toujours rêvé de m’accomplir dans le monde de l’entreprise à l’image de ma mère, tout en sachant que j’avais une sensibilité profonde pour l’art. C’est pourquoi j’ai d’abord étudié la gestion de projets à Saint-Pétersbourg, avant de poursuivre des études en marché de l’art à Paris. Mes premières expériences professionnelles chez Christie’s, kreo et Perrotin m’ont offert une compréhension concrète du fonctionnement du marché de l’art et m’ont permis de mesurer à quel point j’aimais accompagner les collectionneurs dans les acquisitions et les ventes.

En 2022, j’ai fondé Aleksa Advisory, un art advisory indépendant qui incarne aujourd’hui tout ce qui est essentiel pour moi : la structure, la stratégie, la créativité, la sensibilité à l’art, l’intuition, la dimension humaine et la liberté.

2. Une pratique internationale

Chaque marché de l’art constitue un écosystème unique, façonné par son contexte culturel, politique, économique et institutionnel. Le marché français, par exemple, est plus structuré et plus prévisible, tandis que la scène russe est plus émergente et nécessite souvent davantage de contextualisation. J’adapte mon accompagnement à chaque environnement, en assurant un haut niveau de transparence quant au degré de maturité et de visibilité de chaque marché.

3. Les principaux défis du conseil

L’un des défis majeurs du métier d’art advisor consiste à entretenir un réseau solide et digne de confiance. L’accès aux avant-premières, aux œuvres importantes ou aux pièces rares n’est jamais automatique et se construit dans la durée, à travers des relations de long terme. Un autre enjeu réside dans la capacité à évoluer au sein d’un marché qui n’est pas toujours transparent et à accompagner les collectionneurs vers des décisions justes et informées, notamment dans des contextes exigeants, comme les foires d’art.

4. Visiter une foire : Art Paris, Art Basel

Dans les foires, j’essaie de voir le plus possible, car la découverte se fait souvent là où on ne l’attend pas. Concernant les nouveaux talents, un certain je ne sais quoi est essentiel, tout comme un langage visuel affirmé et un contexte plus large : le positionnement de la galerie, la cohérence du travail et la trajectoire de l’artiste.

5. La place d’Art Paris dans le paysage international

Art Paris possède une identité distincte : tout en conservant une dimension internationale, la foire est profondément ancrée dans la scène artistique française et propose une approche plus éclectique et exploratoire que les grandes foires internationales comme Art Basel, en donnant souvent de la visibilité à des artistes moins établis.

6. Passion et investissement

Mon point de départ est toujours le goût du collectionneur, et mon rôle consiste à identifier des œuvres fortes présentant un potentiel d’investissement au sein de son univers esthétique. Il n’existe pas de frontière stricte entre passion et investissement.

J’essaie d’aligner l’émotion avec des bases artistiques et des fondamentaux de marché solides, afin que la collection reste à la fois porteuse de sens et durable dans le temps.

7. Foires, galeries et plateformes numériques

Aujourd’hui, les foires d’art jouent un rôle hybride : ce sont des plateformes commerciales, mais aussi des espaces de plus en plus curatoriaux et numériques. Elles permettent aux collectionneurs de comparer de nombreuses galeries et artistes en peu de temps. S’agissant d’Art Paris, son importance s’est nettement accrue ces dernières années, à travers des projets curatoriaux, des secteurs dédiés, des expositions monographiques, ainsi que des prix et un programme VIP déployé dans toute la ville.

8. Construire des relations de long terme

Les relations de long terme se construisent sur la cohérence, la transparence, l’indépendance de pensée et un accompagnement personnalisé. Les collectionneurs font confiance aux art advisors qui ont un point de vue clair, qui sont honnêtes sur les œuvres et les contextes et qui s’engagent sincèrement dans la durée.

La confiance se construit lorsque le conseil est guidé par l’intégrité, et non par la vente.

9. Conseils aux nouveaux collectionneurs

Je conseillerais aux nouveaux collectionneurs d’être curieux et de poser des questions. Échanger avec les galeries fait partie de l’expérience et permet de mieux comprendre les artistes, les contextes et les démarches. Il ne faut pas se sentir obligé d’acheter la première œuvre qui vous plaît immédiatement : les foires sont avant tout des espaces de comparaison et de découverte. Prenez le temps de voir le plus possible, demandez des informations complémentaires et prenez des décisions réfléchies lors de l’acquisition d’œuvres.

10. L’avenir du métier d’art advisor

À mesure que le monde de l’art devient de plus en plus complexe, international et rapide, le rôle de l’art advisor va devenir encore plus central. Les art advisors agiront comme des filtres et des partenaires de long terme, aidant les collectionneurs à s’orienter dans le flux d’informations, à construire des collections cohérentes et à faire des choix responsables.