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Art

Photographie comme sculpture

Par Olga Korovina

Issu des arts visuels, FX a fait de la photographie un prolongement naturel de sa sensibilité. À travers le portrait et le corps, il explore la lumière, la forme et la présence, entre abstraction et tension. Son travail interroge le regard, la représentation et la responsabilité de l’image.

La nudité est une matière, pas un sujet. Mon rôle est de transformer le corps en forme, presque en sculpture vivante.

Parcours et rapport à l’image

Repostage : Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de la manière dont vous avez développé votre intérêt pour la photographie ? Qu’est-ce qui vous a initialement attiré vers le portrait ?

FX : Mon parcours est profondément lié aux arts visuels. J’ai grandi entouré de peinture et de pratique artistique, ce qui a façonné très tôt mon rapport à l’image. J’ai suivi une formation artistique et obtenu un master en graphic design.

J’ai reçu mon premier appareil photo à 16 ans. La photographie est devenue un prolongement naturel de ma sensibilité.

Le portrait m’intéresse parce qu’il se situe entre représentation et abstraction. Je ne photographie pas seulement un visage, mais une présence et une tension. Le portrait est un espace de projection et d’exploration plastique.

La collaboration avec Playboy

Repostage : Comment avez-vous abordé votre collaboration avec Playboy ?

FX : Je l’ai abordée comme un terrain d’expérimentation. Playboy possède une iconographie forte. Mon intention était de déplacer le regard plutôt que de m’inscrire dans une continuité illustrative.

J’ai privilégié une approche minimaliste, centrée sur la lumière, la forme et la posture. Ce travail m’a permis d’affirmer ma propre écriture artistique.

Le corps comme territoire

Repostage : Comment définissez-vous votre rôle lorsque vous travaillez avec le glamour et la nudité ?

FX : La nudité est une matière, pas un sujet. Mon rôle est de transformer le corps en forme, presque en sculpture vivante.

Mes choix reposent sur la retenue et l’équilibre. Le corps n’est jamais un objet : c’est un territoire partagé. Le consentement et l’autonomie du modèle sont essentiels.

Repostage : Pourquoi la présence des corps noirs est-elle importante dans votre travail ?

FX : Parce que ces corps ont longtemps été invisibilisés ou instrumentalisés dans l’histoire de l’art. Les intégrer pleinement est une nécessité artistique.

Je ne cherche pas un discours illustratif, mais un rééquilibrage du champ visuel. Ces corps apportent une richesse formelle et lumineuse essentielle à mon travail.

Repostage : Comment abordez-vous leur représentation dans des espaces historiquement marginalisants ?

FX : Avec attention au regard. J’évite toute lecture exotisante.

Le corps est traité comme une architecture autonome. La lumière révèle sa matière sans la dominer et produit une beauté qui suit sa propre logique.

Liberté, responsabilité et regard

Repostage : Vos images dialoguent-elles avec les stéréotypes visuels ?

FX : Oui, mais indirectement. Je préfère le déplacement au discours frontal.

En épurant l’image et en réduisant la narration, je ralentis la lecture et invite à voir autrement.

Repostage : Comment équilibre-t-on liberté artistique et responsabilité ?

FX : La responsabilité fait partie de la liberté. Chaque image engage un regard.

Je travaille dans une tension entre intuition et conscience, et cette tension nourrit la justesse de mon travail.

Repostage : Quel rôle jouent la confiance et l’agentivité des modèles ?

FX : Ils sont centraux. Un modèle contraint se voit immédiatement. Quand le modèle est acteur de l’image, une puissance silencieuse apparaît.

Je crée les conditions pour que cette autonomie puisse émerger.

Évolution et directions actuelles

Repostage : Comment la réception de votre travail a-t-elle influencé votre réflexion ?

FX : Les retours montrent que l’image peut être un espace de reconnaissance et de réparation symbolique.

Cela renforce mon engagement à maintenir une pratique exigeante, sans céder aux tendances du marché.

Repostage : Comment votre pratique a-t-elle évolué ?

FX : Elle est devenue plus condensée. J’ai éliminé le superflu.

Aujourd’hui, mon travail est plus radical, plus centré sur la forme et la lumière, et moins sur la séduction immédiate.

Repostage : Quelles directions explorez-vous actuellement ?

FX : Je continue d’explorer le corps comme sculpture, la répétition, le miroir et la distorsion. Le monochrome et le noir et blanc sont essentiels.

Les questions du regard et de la représentation restent ouvertes et évoluent avec mon cheminement artistique.